Brassage ethnique et intégration des peuples en Côte d’Ivoire : quels enjeux sociaux
Le Liban et la Syrie furent des colonies françaises. Mieux, la plupart des supplétifs militaires dans les colonies françaises étaient Syriens nommés "alaouites".
Ils étaient déjà en Côte d'Ivoire en nombre et se sont convertis au négoce du café/cacao une fois l'indépendance acquise.
Aussi, avec les conflits au Moyen-Orient qui s'inscrivent dans la guerre froide et la continuation du sempiternel conflit israélo-palestinien, la Côte d’Ivoire a encore accueilli des ressortissants syriens et libanais fuyant évidemment les affrontements pour trouver refuge.
Leur installation au sein de la société ivoirienne s’est faite rapidement et sans heurts sur l’ensemble du territoire national. Aujourd’hui, le commerce intérieur surtout le commerce de gros est détenu dans son entièreté par ses hommes d’affaires.
Selon les derniers recensements, cette communauté est estimée à plusieurs millions de personnes, estimées entre 800 000 et 1 000 000 de ressortissants selon le dernier recensement de la population.
Elle exerce une influence notable sur l’économie nationale et constitue un employeur important de nombreux Ivoiriens.
Au-delà de cette intégration économique réussie, certains membres de cette communauté ont épousé des Ivoiriennes, donnant naissance à des enfants issus de ces unions. Bon nombre de ces enfants ne connaissent ni le pays d’origine de leurs parents étrangers, ni sa culture ou sa gastronomie. Dès lors, une question se pose, ces enfants sont-ils exclus du débat politique sous prétexte qu’ils seraient considérés comme étrangers ?
Plusieurs métis ayant un parent issu de la communauté libanaise ou syrienne exercent aujourd’hui dans divers domaines de la société ivoirienne, aussi bien en politique que dans l’administration publique.
Les différents partis politiques comptent en leur sein des métis issus de cette communauté. Dans les faits, chaque acteur politique entretient des relations avec des ressortissants Libanais, notamment dans le cadre des affaires. Cependant, il faut souligner que le Libanais en affaire préfère être dans la magouille plutôt que d'être en règle vis à vis du fisc ivoirien. Toute la communauté arabe particulièrement libanaise traîne une mauvaise réputation de sous estimation de la race noire. Vraie ou faux, le préjugé fait son petit bonhomme de chemin
Récemment, un échange sur les réseaux sociaux entre des internautes ivoiriens et un Ivoirien d’origine libanaise a suscité un vif débat.
Ce dernier affirmait son intention de se présenter aux élections législatives de 2030.
La passion a alors pris le pas sur la raison et le tribalisme sur le droit. Pourtant, la loi est claire, la nationalité ivoirienne n’est pas une question de couleur de peau.
Le Code de la nationalité définit précisément les droits et les devoirs de toute personne reconnue ivoirienne au sein de la société.
Par ailleurs, plusieurs cyber-activistes ont relayé des vidéos dénonçant des cas de maltraitance de personnes d’origine africaine travaillant au Liban ou en Côte d’Ivoire au sein d’entreprises appartenant à des ressortissants libanais.
Des témoignages issus des médias du Moyen-Orient soulèvent des interrogations légitimes sur le respect des droits des travailleurs. Toutefois, comme le dit l’adage, une seule graine d’arachide pourrie ne gâte pas tout le sac.
Face à ces tensions, plusieurs ressortissants de la communauté libanaise ont publié des messages sur les réseaux sociaux appelant au calme, au vivre-ensemble et à la cohésion nationale.
En toute chose, il faut savoir raison garder. Les émotions ne doivent pas détruire les relations entre les populations ivoiriennes et cette communauté, qui peut être considérée aujourd’hui, au regard de son importance démographique et de son influence financière, comme une « 64ᵉ ethnie » de la Côte d’Ivoire.
Les pays aujourd’hui les plus développés sont ceux qui ont su intégrer diverses communautés, arrivées parfois bien avant l’indépendance, et qui ont contribué à bâtir la nation sur plusieurs générations.
Par Adou Évariste
Analyste politique, journaliste





