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Le débat autour du « salaire » des prêtres ivoiriens refait surface après une émission diffusée sur la Nouvelle Chaîne Ivoirienne (NCI), notamment dans le programme Télé d’ici. Au cours de cette émission, il a été avancé que le prêtre ivoirien percevrait environ 400.000 FCFA par mois partout en Côte d'Ivoire. Une affirmation qui suscite incompréhension et indignation au sein du clergé.

Le prêtre n’a pas de salaire contrairement à cette idée notoirement répandue. Le prêtre catholique ne perçoit pas de salaire au sens professionnel du terme. Il ne signe aucun contrat de travail et n’est pas rémunéré comme un fonctionnaire ou un employé du secteur privé.

Son engagement est avant tout spirituel et pastoral. En retour, il bénéficie, selon les réalités locales, d’un soutien matériel destiné à couvrir ses besoins essentiels. La formation du prêtre atteint généralement un niveau académique élevé, souvent équivalent à Bac+8 ou Bac+9 ou Bac+14. Toutefois, cette qualification ne s’inscrit pas dans une logique de rémunération, mais dans une mission de service orientée vers le salut des âmes.

Comparer ce parcours à celui des professions classiques pour en déduire un « salaire » constitue donc une lecture inadaptée de la vocation sacerdotale.

La situation matérielle des prêtres varie fortement selon les paroisses.

Dans certaines zones urbaines, les ressources permettent un accompagnement relativement stable. En revanche, dans les zones rurales, de nombreux prêtres vivent dans une grande précarité. Ils reçoivent un régime de bananes ou des ignames ou du maïs, contrairement en zone urbaine où une enveloppe d'un poids important est reçue qui marque une nette différence de vie du Prêtre en zone forestière.

La précarité se voit par les déplacements à moto, à vélo ou en transport en commun conditions pastorales difficiles, exposition aux intempéries et aux risques d’accidents contraire à la vie urbaine. Ils reçoivent une quête inférieure à 1.000F, là où l'on comptabilise 1.000.000F et plus en zone urbaine.

Certains vivent ainsi une pauvreté réelle, en cohérence avec l’Évangile qu’ils annoncent.

Traditionnellement, ils sont soutenus par les fidèles, leurs familles, des organismes ecclésiaux, des aides orientées vers des projets tels la construction des écoles, les hôpitaux, les églises, etc. Aujourd’hui encore, ce soutien demeure irrégulier et dépend largement des réalités locales.

Il aurait souhaité juste, dans cette émission, de saluer l’initiative des évêques catholiques de Côte d’Ivoire qui ont mis en place un mécanisme de solidarité face aux difficultés rencontrées par les prêtres : le Fonds national catholique alimenté chaque année à l’occasion de la fête de Pentecôte.

Ce fonds permet d’octroyer aux prêtres un appui mensuel d’environ 90.000 FCFA.

Il ne s’agit pas d’un salaire, mais d’un soutien fraternel pour accompagner leur mission. Il est urgent de remettre le débat à sa juste place. Présenter le prêtre ivoirien comme un salarié percevant 400.000 FCFA par mois relève d’une méconnaissance profonde de la réalité ecclésiale.

Le prêtre ne vit pas pour accumuler des richesses, mais pour servir. Toutefois, cette vocation ne doit pas servir de prétexte pour ignorer les conditions parfois difficiles dans lesquelles il exerce son ministère.

Une telle émission gagnerait à être repensée, non pas dans la vision d’une frange de prêtres Ivoiriens aisées, mais en tenant compte de la réalité globale des prêtres en Côte d’Ivoire.

Au-delà des chiffres et des approximations médiatiques, une vérité demeure : le prêtre ivoirien ne se définit pas par ce qu’il gagne, mais par ce qu’il donne. Et dans un monde souvent dominé par l’argent, il incarne encore, parfois dans le silence et la précarité, le choix radical du don de soi. Réduire cette réalité à un montant mensuel de 400.000F, c’est passer à côté de l’essentiel. Qui paye les prêtres ? Que ceux qui connaissent la source de ravitaillement des 400.000F, orientent les prêtres ivoiriens à bénéficier des arriérés de salaires depuis leur date d'ordination jusqu'à la date officielle de la déclaration des montants de salaires confisqués et dévoilés dans l'émission. Quel était l'objectif du plateau ? Visait-il à exposer la misère des prêtres ? Savez-vous la cause de tant de mortalité de certains parmi eux ? Pourquoi ne sont-ils pas tous dotés de voitures ? Les paroisses qui les accueillent ont-elles le minimum qui puisse les satisfaire ?

Autant de questions que suscite cette vidéo qui circule et alimente les contre-vérités de la vie matérielle des prêtres. Il est charitable de sortir du confort de l'animation télévisuelle, s'informer sur le terrain de la vie des prêtres avant d'étaler du faux tenu pour vrai. Il est bon de savoir que la vie matérielle des prêtres diffère d'une église à une autre. Pareil d'un diocèse à un autre. D'un pays à un autre. Et pourtant, il s'agit du même prêtre de cette Église catholique. Que les erreurs de cette émission donne droit aux bienfaiteurs d'assister les prêtres dans un regard d'égalité en Côte d'Ivoire.

Rémy Montini Dago