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Avec plus de 1,5 million de tonnes récoltées en 2025 et des recettes d'exportation record, la Côte d'Ivoire ne se contente plus de régner sur la production mondiale de noix de cajou brute. En basculant massivement vers la transformation locale, le leader mondial est en train de réussir son pari : transformer ses plaines agricoles en usines à emplois pour la jeunesse et les femmes.

C’est une success-story agricole qui se mue en révolution industrielle. Depuis 2021, la Côte d’Ivoire trône confortablement sur le toit du monde de l’anacarde, pesant à elle seule plus de 25 % de la production mondiale. En 2025, le pays a affiché une santé de fer avec une récolte record de 1,5 million de tonnes, générant une bouffée d'oxygène financière de plus de 1 000 milliards de FCFA de recettes d'exportation.

Mais le véritable exploit ivoirien ne se lit plus seulement dans les cales des navires en partance pour l'Asie ou l'Europe. Il se mesure désormais à l’intérieur de ses frontières, au cœur des zones agro-industrielles émergentes.

Le grand bond en avant de l’industrialisation 

Pendant longtemps, le drame de « l’or gris » africain a tenu en une statistique : exporter brut, importer transformer, et regarder la valeur ajoutée filer ailleurs. En 2011, la Côte d'Ivoire ne transformait que 2 % de sa production (à peine 10 000 tonnes). Quatorze ans plus tard, le paysage industriel a radicalement changé. En 2025, le taux de transformation locale a frôlé les 43 %.

Les usiniers nationaux ont englouti 659 579 tonnes de noix l'année dernière, soit près du double de l'exercice 2024 (344 026 tonnes). Le pays se classe désormais au deuxième rang des exportateurs d’amandes et au troisième rang des transformateurs mondiaux. L’objectif affiché par le gouvernement est clair : franchir la barre des 50 % d’ici 2030.

Pour soutenir cette ambition, l’État a déployé l'artillerie lourde. Pas moins de 37 usines maillent aujourd'hui le territoire, dont 24 sont détenues majoritairement par des capitaux ivoiriens. Aux côtés du Centre d’innovations et de technologies de l’anacarde (CITA) de Yamoussoukro et du géant Dorado Ivory à Toumodi (un investissement de 15 milliards de FCFA), une nouvelle unité vient de sortir de terre à Oussou, inaugurée en septembre dernier par le Premier Ministre Robert Beugré Mambé.

Les femmes et les jeunes au cœur de la richesse

Au-delà des chiffres macroéconomiques, c'est l'impact social de la filière qui redessine le quotidien des populations. L'anacarde ivoirien fait vivre directement près de 20 000 employés en usine. Un modèle d'inclusion sociale, puisque 66 % de ces emplois directs sont occupés par des femmes, qui trouvent là un levier d'émancipation financière sans précédent.

« L’objectif est de créer des emplois et de la richesse permettant d’améliorer les conditions de vie des populations ».

Au bout de la chaîne, dans les plantations, la résistance s'organise aussi pour protéger le pouvoir d'achat. Grâce au mécanisme de « prix plancher » instauré en 2013, les cultivateurs disposent d'un bouclier contre la volatilité des cours mondiaux. Pour la campagne 2026 en cours, le prix de base a été fixé à 400 FCFA le kilogramme. Un léger reflux après le pic historique de 2025 (425 FCFA), mais une progression nette par rapport aux 275 FCFA de 2024, garantissant ainsi une stabilité bienvenue dans les campagnes.

Cap sur les pistes de l’avenir

Loin de se reposer sur ses lauriers, le gouvernement maintient la pression pour la campagne 2026. Pour consolider ce leadership, les autorités ont d'ores et déjà annoncé un plan d'action immédiat : réhabilitation des pistes rurales pour désenclaver les zones de collecte, financements spécifiques pour les industriels locaux et renforcement des programmes de durabilité pour répondre aux exigences des marchés internationaux.

En transformant sa matière première sur son propre sol, la Côte d'Ivoire ne fait pas que vendre de la noix de cajou : elle exporte désormais son savoir-faire et sécurise l'avenir de sa jeunesse. La marche vers les 50 % de transformation est lancée, et rien ne semble pouvoir l'arrêter.

A.K.