Côte d'Ivoire /Justice et foi : Le message de Mgr Oscar Romero résonne en Afrique
L’Église catholique universelle a fait mémoire, ce 24 mars, de Mgr Oscar Romero, canonisé en 2018 par le pape François. Archevêque de San Salvador, il fut assassiné par balle en pleine célébration eucharistique le 24 mars 1980.
Son crime, avoir osé élever la voix contre l’injustice sociale et les violences infligées aux plus pauvres dans un contexte marqué par la répression et la terreur.
Pour l’analyste ivoirien Jean Claude Djéréké, la figure de Mgr Romero reste d’une brûlante actualité. « Il a été tué parce qu’il combattait l’injustice », affirme-t-il, soulignant le courage d’un pasteur devenu la voix des sans-voix.
Canonisé en 2018, Mgr Romero demeure une figure emblématique de la lutte pour la justice et la dignité humaine. Surnommé « la voix des sans-voix », il s’était illustré par ses prises de position courageuses contre la répression militaire, les escadrons de la mort et les inégalités criantes qui frappaient les plus pauvres.
Dans ses homélies radiodiffusées, il appelait à la fin de la violence et n’hésitait pas à exhorter les soldats à désobéir aux ordres injustes. Un engagement qui lui vaudra d’être abattu, dans une tentative brutale de faire taire une voix devenue trop dérangeante.
Une interpellation pour l’Église en Afrique
Dans une réflexion transmise à Pressivoire, l’analyste ivoirien Jean Claude Djéréké établit un parallèle entre le témoignage de Mgr Romero et certaines réalités observées au sein de l’Église en Afrique.
Selon lui, « certains évêques perçoivent encore l’épiscopat comme une promotion sociale », dénonçant des attitudes marquées par la recherche d’honneurs, de privilèges et une proximité excessive avec les élites politiques et économiques.
« Ce sont ceux-là qui oublient parfois leurs compagnons de route d’hier et peinent à élever la voix face aux injustices », relève-t-il.
A l’opposé, souligne-t-il, Mgr Romero incarne une autre vision de la mission épiscopale : celle d’un pasteur au service des plus vulnérables, engagé dans la défense des pauvres et fidèle à l’Évangile, jusqu’au sacrifice suprême.
Un appel à des pasteurs courageux
Pour Jean Claude Djéréké, la mémoire de Mgr Romero doit servir de repère et d’exigence pour l’Église contemporaine, notamment en Afrique, où les défis sociaux, politiques et économiques restent importants.
« Être évêque, ce n’est pas rechercher les honneurs, mais témoigner du Christ dans la défense des petits et des sans-voix », insiste-t-il. « Puisse Dieu susciter dans l’Église catholique en Afrique des évêques courageux, passionnés de justice, à l’image de Mgr Oscar Romero », a-t-il lancé.
Au-delà du Salvador, son message traverse les continents et les générations. Il interpelle particulièrement les sociétés africaines confrontées à diverses formes d’inégalités, d’abus de pouvoir et de violations des droits humains.
Dans un monde où la parole prophétique dérange souvent les puissants, le témoignage de Mgr Romero apparaît comme un appel pressant à la responsabilité, à la vérité et à la justice.
Ainsi, plus de quatre décennies après son assassinat, la figure de Mgr Oscar Romero continue d’interpeller les consciences au-delà des frontières du Salvador. Symbole d’une Église engagée aux côtés des opprimés, il demeure une référence pour tous ceux qui refusent de pactiser avec l’injustice. Et même abattu, l’homme de justice ne meurt pas. Sa voix, que les balles ont voulu réduire au silence, se transforme en écho puissant à travers les générations. Car le sang des innocents ne se perd jamais : il crie, il interpelle, il juge les consciences. Aujourd’hui encore, son combat demeure, dressé comme un tribunal face à l’histoire, rappelant aux puissants que l’injustice a toujours une fin, mais que la vérité, elle, ne meurt jamais.
Rémy Montini Dago





