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Du 9 au 12 juin 2026, la ville de Namur, en Belgique, est devenue le cœur battant de la démocratie francophone. A l’occasion du séminaire électoral et de l’Assemblée générale marquant les 15 ans du Réseau des compétences électorales francophones (RECEF), experts et gestionnaires de scrutins se sont réunis autour d’un enjeu crucial : « Les listes électorales : de l’inscription au vote ». Parmi les interventions les plus attendues, celle de Mme Marguerite Yoli-Bi Koné, ex-commissaire centrale de la Commission Électorale Indépendante (CEI) de Côte d'Ivoire, a particulièrement marqué les esprits. Elle y a exposé avec brio les rouages, les réussites et les défis du modèle électoral ivoirien.

Administrer les élections : un défi de taille dans un climat de confiance

En ouverture de son exposé, Mme Yoli-Bi Koné a rappelé une vérité fondamentale en citant Torquato Jardim, ancien membre du Tribunal électoral du Brésil, issu de son ouvrage Direito Eleitoral Positivo :

« Dans un pays légalement et démocratiquement constitué [...] il existe rarement d’autre fonction qui, si elle est accomplie de manière incorrecte ou incomplète, peut affecter autant de personnes de façon aussi profonde, que celle d’administrer un processus électoral ».

C’est habité par cette lourde responsabilité que la CEI s’est mise au travail en Côte d'Ivoire, évoluant dans un contexte historique de méfiance extrême entre les différents acteurs politiques. Autorité administrative indépendante créée en 2001, la CEI a su piloter 17 élections générales et locales ainsi qu’un référendum, tous strictement encadrés par des textes de loi fondamentaux (Constitution, Code électoral).

La force du modèle ivoirien repose sur une architecture institutionnelle rigoureuse. Portée par 18 membres pour le mandat 2019-2025, la Commission centrale s'appuie sur cinq sous-commissions spécialisées (Affaires juridiques, Opérations électorales, Communication, Éthique, et Formation) et un Secrétariat général doté de quatre directions techniques (DTIC, DOER, DEEC, DSD). Pour garantir un maillage complet du territoire, la CEI dispose également de 39 antennes régionales permanentes et a déployé 615 commissions locales non permanentes à travers le pays et à l'étranger.

Le crash-test réussi du cycle électoral 2025-2026

Devant un parterre de délégués venus du Canada, de Centrafrique, de France ou du Sénégal, la commissaire ivoirienne a partagé les statistiques édifiantes des derniers scrutins majeurs gérés par la CEI, s'appuyant sur une Liste Électorale Définitive (LED) comptant 8. 727. 431 inscrits (dont 120. 178 à l'étranger).

I - L’élection présidentielle du 25 octobre 2025

Ce scrutin majoritaire à deux tours a vu s'affronter cinq candidats, dont deux femmes. Mme Yoli-Bi Koné a mis en avant l'introduction exigeante du parrainage citoyen : chaque candidat devait recueillir au moins 1% de signatures d’électeurs dans 50% des 31 régions et 2 Districts autonomes du pays (soit un seuil fixé à 17 régions). Avec un taux de participation de 50,10%, le vote s'est tenu sur 25 438 bureaux de vote (BV). Preuve d'une résilience logistique, seuls 1,05% des bureaux en Côte d'Ivoire n'ont pas pu tenir le scrutin.

II - Les élections législatives du 27 décembre 2025

Organisées dans 205 circonscriptions pour pourvoir 255 sièges de députés, ces élections ont mobilisé 1.190 candidats hommes et 181 femmes pour un taux de participation de 35,04%. Ici encore, la maîtrise technique de la CEI s’est illustrée, le scrutin n’ayant été empêché que dans seulement 32 bureaux de vote (0,13%).

Succès notables, défis persistants et perspectives

Le bilan dressé par Mme Yoli-Bi Koné met en lumière des avancées démocratiques majeures pour la Côte d'Ivoire. Parmi les succès notables, elle a cité le respect strict des délais légaux, l’identification biométrique des électeurs, ainsi qu’une prouesse logistique majeure : la proclamation de tous les résultats d’élection en moins de 48 heures. De plus, l'institution se distingue désormais par la production systématique de statistiques genrées et la tenue d'un service d'archives pleinement opérationnel. Cependant, le chemin vers la perfection électorale reste semé d'embûches. La Côte d'Ivoire fait face à des défis universels : conflits de textes sur la représentation des femmes, désinformation (fake news), violences électorales localisées et sécurisation de l'inscription des nouveaux électeurs. Pour y remédier, l'ex-commissaire a partagé une série de recommandations stratégiques. Il s’agit d’harmoniser les textes législatifs pour garantir une meilleure représentation des femmes dans les assemblées élues. De créer une structure pérenne entièrement dédiée à l'éducation civique et électorale. Puis, d’externaliser la mise à jour de la liste électorale en confiant des guichets permanents annuels à une institution indépendante de la commission électorale. Et enfin d’adopter progressivement le vote électronique afin de raccourcir les délais de centralisation et de renforcer la confiance du public.

Une expérience ivoirienne, miroir pour le continent

En conclusion, Yoli-Bi Koné a rappelé que l'Afrique avance et apprend de ses propres processus. « L’expérience ivoirienne peut être comparée à celle de plusieurs pays africains confrontés à des défis similaires », a-t-elle affirmé. Partout sur le continent, la gestion des élections reste le pivot de la stabilité politique.

Si le modèle ivoirien prouve qu'il est tout à fait possible de bâtir des institutions électorales crédibles grâce à la professionnalisation, à la transparence et au dialogue politique permanent, la déléguée a conclu sur une note de lucidité : aucune réforme technique ne pourra s'installer durablement sans une volonté politique sincère et une culture démocratique profondément partagée par l'ensemble des citoyens. Un message fort, applaudi à Namur, qui résonnera bien au-delà des frontières de la Francophonie.

B.V.