Métro, BRT, TGV... : Le grand bond en avant des transports en Côte d’Ivoire
A l’étroit dans ses infrastructures héritées du siècle dernier, la Côte d’Ivoire engage une refonte historique de sa mobilité. Entre la quête d’un second souffle pour un Abidjan asphyxié par les embouteillages et l’impératif de désenclavement des campagnes, le nouveau Plan National de Développement (PND) 2026-2030 pose les jalons d’une révolution connectée. Décryptage d'une ambition à plusieurs dizaines de milliards de francs CFA.
Six millions d’habitants aujourd’hui, et plus de douze millions attendus à l’horizon 2050 selon l’OCDE. L'équation démographique d'Abidjan donne le vertige. Longtemps, la capitale économique ivoirienne a grandi au rythme d'une mobilité largement informelle, dictée par le ballet incessant des gbakas (minibus) et des woro-woro (taxis collectifs). Mais aujourd'hui, le système a atteint ses limites.
La congestion chronique des axes routiers s'est transformée en un véritable gouffre financier : selon la Banque mondiale, elle coûte chaque année à la Côte d’Ivoire entre 4 % et 5 % de son revenu national. A ce coût économique s'ajoute un bilan humain alarmant, illustré par les quelque 164 décès recensés lors d'accidents de la route sur le seul début de l’année 2026. Face à cette urgence, l'heure n'est plus aux ajustements, mais à la transformation lourde.
Abidjan bascule dans l'ère du transport de masse
Si la Société des transports abidjanais (SOTRA) a colmaté les brèches en doublant sa flotte en un peu plus de dix ans — passant à 2 050 bus en 2024 et intégrant 200 nouvelles unités en juillet 2025 —, le salut de la métropole passera par des infrastructures de masse, électriques et décarbonées. Deux chantiers d'envergure, massivement soutenus par les bailleurs internationaux, tracent les contours de l'Abidjan de demain : Le Bus Rapid Transit (BRT) (Horizon 2028), une ligne 100 % électrique de 20 kilomètres reliant Yopougon à Bingerville sur des voies entièrement dédiées. Co-financé par la Banque mondiale et l’Agence française de développement (AFD), ce réseau ambitionne de transporter jusqu'à 500 000 voyageurs par jour. La Ligne 1 du Métro (Horizon 2029), longue de 37 kilomètres entre Anyama et l'aéroport Félix-Houphouët-Boigny, elle a entamé sa phase d’électrification au début de l'année 2026. Elle promet, elle aussi, de sortir un demi-million d'Abidjanais des embouteillages quotidiens tout en soulageant le portefeuille des ménages.
Le désenclavement rural : le nerf de la guerre agricole
Mais la vision du gouvernement ivoirien ne s'arrête pas aux frontières de sa capitale économique. À l'intérieur du pays, l'enjeu des transports est avant tout synonyme de survie économique pour le monde paysan. Dans plusieurs régions, les producteurs doivent encore parcourir jusqu'à 10 kilomètres à pied pour atteindre une route carrossable. Un isolement qui se traduit par d'immenses pertes de récoltes, évaluées en milliards de FCFA. Pour y remédier, le Projet de connectivité inclusive et d'infrastructures rurales (PCR-CI), lancé en 2023 et doté de 345 milliards de FCFA, bat son plein. Son objectif est d'une simplicité chirurgicale : réhabiliter 15 000 kilomètres de pistes pour rapprocher 4 millions de ruraux à moins de 5 kilomètres d'une route praticable en toute saison. Les régions du Nord, poumons des filières cotonnières et anacardières (noix de cajou), sont prioritaires. En mars 2026, un premier jalon a été posé avec la remise de véhicules logistiques à dix-huit organisations agricoles.
Les ambitions XXL du PND 2026-2030
Dévoilé à la fin du mois de mai 2026, le Plan national de développement 2026-2030 enfonce le clou. Les objectifs fixés par l'exécutif ivoirien d'ici 2030 témoignent d'une volonté de moderniser le territoire à marche forcée. Il s’agit des infrastructures lourdes de 15000 km de routes revêtues d’ici 2030 contre 8500 km actuellement, 700 km de réseau autoroutier d’ici 2030 contre 400 km actuellement et d’une ligne de TGV de 640 km Abidjan-Ferkessédougou actuellement à l’étude. Le projet le plus spectaculaire reste sans conteste le Train à Grande Vitesse (TGV). Conçu pour relier Abidjan aux grandes villes de l'intérieur (Yamoussoukro, Bouaké, Korhogo et Ferkessédougou) sur 640 kilomètres, il incarne le symbole d'une Côte d'Ivoire émergente, connectée du nord au sud.
Le nerf de la guerre : séduire le privé en juillet
Reste une inconnue de taille : le financement. Ce plan herculéen repose à 70 % sur l'investissement privé et sur les partenariats public-privé (PPP). Si le BRT et le métro avancent à grands pas grâce aux bailleurs de fonds traditionnels, le projet de TGV n'a pas encore sécurisé ses financements. Entre la gestion épineuse des acquisitions foncières, les futures charges d'entretien et les garanties de rentabilité, l'équation s'avère complexe. Le grand test aura lieu à Abidjan les 8 et 9 juillet prochains. Le gouvernement y réunira un groupe consultatif crucial de bailleurs de fonds et d'investisseurs privés pour boucler les budgets. Portée par l’une des croissances économiques les plus dynamiques de la zone UEMOA, la Côte d’Ivoire dispose de solides arguments à faire valoir. Mais la bataille pour transformer ses infrastructures en un véritable moteur de développement durable ne fait que commencer.
A.K.





