Rideau : savoir et pouvoir partir
Depuis quelques années, au sein de l’opinion publique, un débat refait surface à l’approche de chaque remaniement ministériel. Certaines personnalités politiques ayant occupé de hautes fonctions au sein de l’Etat, une fois déchargées de leurs responsabilités, donnent de la voix pour dénoncer leur retrait ou leur limogeage. Cette attitude, observée chez certains hauts cadres et responsables politiques, se manifeste malheureusement de manière peu élégante. Elle a d’ailleurs suscité la réaction de l’acteur-comédien Gbi de Fer qui, dans sa traditionnelle revue de l’actualité politique animée sur les réseaux sociaux, a interpellé directement le premier des Ivoiriens afin de mettre un terme à cette pratique. Comme le dit l’adage, chacun vient jouer sa partition puis s’en va.
Nul n’est indispensable ni irremplaçable car le cimetière de Williamsville est rempli de personnes dites « irremplaçables ».
Vanité des vanités, tout est vanité ici-bas
Pourtant, l’histoire politique récente du pays offre des exemples édifiants de personnalités ayant su quitter la scène « souè » (sans bruit, dans le parler ivoirien).
Aujourd’hui encore, certaines figures, en raison de leurs relations privilégiées avec l’actuel locataire du palais présidentiel, montrent que l’on peut partir avec dignité.
L’ex-Vice-président de la République, Daniel Kablan Duncan (photo), ayant successivement occupé les fonctions de Premier ministre puis de Vice-président de la République, a démissionné de ses fonctions pour convenances personnelles.
Il a quitté la scène officielle sans animosité ni cris d’alarme dans la presse, illustrant ainsi la marque des grands hommes.
Autre exemple notable, N’golo Coulibaly, ancien Médiateur de la République et ex-président de la Haute autorité pour la bonne gouvernance. Après avoir achevé ses mandats à la tête de plusieurs institutions républicaines, il a demandé à faire valoir ses droits à la retraite.
Homme d’Etat respecté, fort de relations anciennes avec le président Alassane Ouattara, il a quitté ses fonctions sans tapage, laissant à la mémoire collective l’image d’un grand technocrate et d’un serviteur loyal de l’Etat.
Dans le même esprit, le professeur agrégé de droit constitutionnel, feu Francis Vanga Wodié, a remis sa démission de la présidence du Conseil constitutionnel. Malgré l’insistance de ses étudiants et de nombreux acteurs politiques, il est parti sans animosité, sans ingratitude et sans déclaration tapageuse à l’endroit du président de la République.
Autre illustration de maturité politique, Coty Diakité, membre fondateur du RDR.
Malgré sa proximité avec le président Alassane Ouattara, il a quitté le gouvernement sans crier au loup ni à la trahison.
Actuel président du Conseil de régulation de l’ARTCI, il exerce son leadership avec discrétion et responsabilité, dans un esprit de fraternité et de respect institutionnel.
Dans toute société organisée, le travail est réglementé et limité dans le temps.
Au sein de la Fonction publique, les grades A4 à A7 correspondent à 35 années de service, soit un départ à la retraite à 65 ans.
Il devrait en être de même pour les hautes fonctions de l’Etat.
Chaque individu est appelé à apporter sa contribution au développement national puis à se retirer avec dignité.
Lorsque le président de la République retire sa confiance à une personnalité au profit d’une autre, il ne devrait y avoir ni drame ni humiliation.
Il ne sert à rien de se lamenter tel un enfant à qui l’on retire un bonbon ou un chewing-gum.
La grandeur d’un homme d’Etat réside aussi dans sa capacité à quitter la scène avec honneur avant que l’histoire ne l’y contraigne.
Ange Djeni
Journaliste et analyste politique





