La calotte, la mitre, la chasuble, l’étole et certains autres ornements liturgiques constituent, dans la tradition catholique, bien plus que de simples vêtements. Ils sont porteurs d’une identité, d’une fonction, d’une histoire et d’une symbolique précises.

Mais leur reprise, de plus en plus visible dans certains milieux évangéliques, soulève une question qui mérite d’être posée sans polémique : jusqu’où peut aller l’emprunt des vêtements sacerdotaux catholiques, signes extérieurs, d’une autre tradition chrétienne sans créer de confusion chez les fidèles ?

Dans l’Église catholique, les vêtements liturgiques ne sont pas choisis au hasard. Ils participent à la visibilité des différentes fonctions exercées au cours de la célébration.

La Présentation générale du Missel romain accorde une place importante à cette dimension symbolique. La diversité des fonctions dans la célébration eucharistique se manifeste également extérieurement par la diversité des vêtements liturgiques.

L’aube, l’étole et la chasuble appartiennent ainsi au langage vestimentaire propre à la liturgie catholique. La mitre, quant à elle, constitue un insigne particulièrement associé à l’évêque.

Ces vêtements forment donc une véritable grammaire visuelle de l’Église. Ils permettent au fidèle d’identifier, parfois au premier regard, celui qui exerce un ministère et la fonction qu’il assume.

C’est précisément à ce niveau que se pose aujourd’hui la question.

Dans certains milieux évangéliques, on voit apparaître des pasteurs qui portent des vêtements qui ressemblent fortement à ceux des prêtres ou des évêques catholiques : chasubles, étoles, mitres ou encore col romain.

Le problème n’est pas simplement esthétique. Il est avant tout identitaire et pastoral.

Lorsqu’un homme porte une tenue qui ressemble à celle d’un prêtre ou d’un évêque catholique apparaît devant une assemblée, le fidèle qui ne maîtrise pas suffisamment les différences entre les confessions chrétiennes peut légitimement se demander :

Est-ce un prêtre ? Est-ce un évêque ? Ou est-ce un pasteur évangélique ?

La question n’est pas anodine.

Si les vêtements liturgiques servent à manifester extérieurement une fonction, leur imitation très poussée et exagérée, peut de fait, brouiller la lecture de cette fonction.

Certes, les formes des vêtements religieux ont connu, au cours de l’histoire, des évolutions et des adaptations culturelles. Mais adaptation ne signifie pas nécessairement reproduction.

Une communauté chrétienne peut parfaitement développer une identité vestimentaire propre, digne et reconnaissable, sans reprendre les signes traditionnellement associés au ministère sacerdotal ou épiscopal catholique.

Pourquoi les différentes Églises évangéliques ne développeraient-elles pas leurs propres tenues, avec leur propre symbolique et leur propre identité ?

Ce choix contribuerait à une meilleure lisibilité auprès des fidèles.

La confusion est aujourd’hui perceptible, très forte et aiguë. Elle l’est particulièrement avec le port du col romain et la croix pectorale devenus dans certains milieux religieux un signe extérieur qui ne permet plus toujours de distinguer clairement le prêtre catholique du pasteur.

Il arrive même que quelqu’un s’adresse à un Ministre ordonné en disant :

« Bonjour, mon Père ».

Et celui-ci de répondre :

« Je ne suis pas un prêtre, je suis un pasteur ». Confusion !

À l’inverse, certains peuvent être pris pour des pasteurs alors qu’ils sont prêtres. Encore une autre confusion. Que faire ?

Cette situation devrait au moins susciter une réflexion. Séparés de l'église catholique, les pasteurs évangéliques ne devraient plus être les héritiers des tenues vestimentaires. Ils devraient tout déposer et partir. Mais la valise est faite avec tous les habits sacerdotaux à l'intérieur avec refus de les restituer. Pourquoi ?

Imaginons un instant qu’un prêtre catholique décide de porter, pour exercer son ministère, le treillis réglementaire d’un policier ou d’un gendarme. Ou encore la robe professionnelle d’un magistrat, voire la tenue caractéristique d’un enseignant universitaire.

La réaction serait immédiate parce que ces vêtements sont associés à des fonctions précises. Leur port par une personne exerçant une autre profession créerait une confusion.

Le principe est simple : les vêtements institutionnels et professionnels contribuent à identifier une fonction.

Il en est ainsi pour les vêtements religieux qui n’est évidemment pas une propriété privée au sens matériel du terme. Mais il possède une signification historique, liturgique et institutionnelle qu’il convient de respecter.

Face à cette situation, une question peut être adressée aux responsables de l’Église catholique en Côte d’Ivoire :

N'est-il pas opportun de rappeler publiquement la signification, la fonction et l’usage des vêtements liturgiques catholiques ?

Il ne s’agit pas d’interdire à qui que ce soit de s’habiller dignement pour célébrer Dieu.

Il ne s’agit pas non plus de nier aux autres confessions chrétiennes leur liberté d’organiser leur culte selon leur conviction. 

Mais cette liberté peut aussi s’exprimer par la créativité des ornements. 

Chaque communauté chrétienne gagnerait à développer ses propres signes, ses propres codes et son propre langage vestimentaire.

Cela permettrait non seulement de préserver les identités respectives, mais aussi d’éviter que certains signes soient progressivement vidés de leur sens ou tournés en dérision par leur utilisation indistincte.

L’œcuménisme n’est pas l’uniformité.

Il faut le rappeler : l’œcuménisme ne signifie pas aussi que toutes les Églises doivent se ressembler.

L’unité des chrétiens célébrée chaque Janvier de l'année, n’exige pas l’effacement des différences.

Au contraire, le véritable respect mutuel suppose aussi que chacun puisse reconnaître l’identité de l’autre.

L’Église catholique possède un patrimoine liturgique riche, construit au fil des siècles. Ses vêtements liturgiques ne sont pas de simples costumes de cérémonie. Ils expriment une fonction, une histoire et une théologie.

De leur côté, les communautés évangéliques disposent de la liberté, de la créativité et des ressources nécessaires pour développer des signes vestimentaires qui correspondent à leur propre tradition.

Pourquoi ne pas alors créer des tenues propres aux pasteurs évangéliques, immédiatement reconnaissables et porteuses de leur identité ?

Il n’est jamais trop tard pour se forger une identité.

La question n’est donc pas seulement de savoir qui a le droit de porter tel ou tel vêtement.

Elle est plus profonde.

Dans une société où les signes ont un sens, chacun gagnerait à porter une identité qui lui est propre.

Car lorsque les signes se confondent, les fonctions peuvent finir par se confondre elles aussi.

Et lorsqu’un fidèle ne parvient plus à distinguer, au premier regard, un prêtre ou un évêque catholique d’un pasteur évangélique, il y'a problème. Il est temps que les différentes communautés chrétiennes réfléchissent sérieusement à leurs codes vestimentaires.

L’unité des chrétiens n’exige pas l’uniformité des vêtements. Elle exige plutôt le respect de l’identité de chacun.

Il n’est jamais trop tard pour que chaque communauté chrétienne se forge une identité qui lui soit propre.

Rémy Montini Dago