Face aux tensions liées à l’occupation des terres et aux menaces qui pèsent sur le patrimoine forestier, le gouvernement ivoirien veut remettre de l’ordre dans les espaces protégés. Quatorze décrets adoptés, ce mercredi 23 septembre 2026 redéfinissent les limites de cinq agroforêts et de neuf forêts classées. Une opération présentée comme un levier de sécurisation foncière et de protection de la biodiversité. La forêt ivoirienne change de frontières. Mais derrière ces nouvelles délimitations, se joue une bataille autrement plus vaste : celle de la protection des espaces naturels, de la prévention des conflits fonciers et de la cohabitation entre impératifs environnementaux et besoins des populations.

Réuni en Conseil des ministres, le gouvernement a adopté quatorze décrets portant redéfinition des limites de cinq agroforêts et de neuf forêts classées. L’objectif affiché est clair : mieux protéger le patrimoine forestier national tout en réduisant les zones de chevauchement susceptibles d’alimenter les contestations et les tensions entre acteurs.

Cinq agroforêts et neuf forêts classées concernées

Présentant les décisions du Conseil, le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a précisé que ces textes relèvent du ministère des Eaux et Forêts, en collaboration avec les départements ministériels concernés. Ils s’inscrivent dans le cadre du Code forestier et de la réglementation relative à la délimitation des forêts relevant du domaine privé de l’Etat et des collectivités territoriales.

Les agroforêts d’Abo Bloc 2, d’Agboville, de Davo, de Divo et de Mont-Mouny figurent parmi les espaces concernés. Du côté des forêts classées, l’opération touche notamment Benafoko, Besso, Konwé-A, Koba, N’gadar-N’gadar, Géchier, N’to et Négé, ainsi qu’une autre forêt classée concernée par la mesure.

Mettre fin aux zones grises

Derrière la technicité des décrets, se cache une réalité souvent explosive : lorsque les limites des espaces protégés sont imprécises, les terres deviennent des territoires de contestation. Occupations, revendications et chevauchements peuvent alors nourrir des litiges fonciers et fragiliser la cohésion dans les communautés riveraines. Pour le gouvernement, la nouvelle délimitation doit permettre de réduire ces zones grises. « Ces décrets permettent de clarifier les zones protégées, de résorber les litiges fonciers, de réduire les tensions sociales et d’assurer une gestion durable intégrant les enjeux environnementaux ainsi que la conservation de la biodiversité », a expliqué Amadou Coulibaly.

Protéger la forêt sans oublier les populations

Au-delà des cartes et des coordonnées géographiques, l’enjeu est aussi humain. La redéfinition des limites doit permettre de mieux sécuriser juridiquement les espaces forestiers, tout en tenant compte des activités et des besoins des communautés installées à proximité. Le gouvernement entend ainsi rechercher un équilibre entre deux urgences : préserver les derniers espaces forestiers et permettre aux populations riveraines de poursuivre leur développement dans un cadre foncier plus lisible. A travers ces quatorze décrets, l’Etat veut donc transformer la délimitation forestière en instrument de prévention. Car lorsque les frontières de la forêt sont clairement établies, c’est aussi une partie des conflits autour de la terre que les autorités espèrent désamorcer.

A.K.