À quelques encablures de l’aéroport international Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan, le village d’Adjahui Coubê, l’un des 52 villages atchans du district autonome d’Abidjan, dans la commune de Port-Bouët, présente un visage particulièrement préoccupant. Ici, la précarité, la déscolarisation, la promiscuité et la vulnérabilité sociale constituent le quotidien de nombreuses familles. Au cœur de cette détresse humaine, le Père Basile Diané, prêtre catholique fort de 27 années de sacerdoce, a choisi de faire de la charité et de la promotion humaine son principal combat. Portrait d'un homme d'Église qui refuse de détourner le regard et lance un vibrant appel aux bonnes volontés.
Derrière l'effervescence de la capitale économique ivoirienne se cache une réalité sociale difficile. Adjahui Coubê accueille une importante population de personnes déguerpies et de familles confrontées à une extrême pauvreté. La déscolarisation des enfants, les grossesses précoces, le phénomène des filles-mères, les difficultés d'accès aux soins de santé et l'insécurité sociale composent un tableau particulièrement préoccupant. Une situation qui contraste avec la proximité de l'aéroport international et l'image de modernité que renvoie cette partie de la capitale économique.
Face à cette détresse, un homme a décidé de faire de la solidarité un engagement de tous les jours. Il s'agit du Père Basile Diané. Depuis 27 ans, ce prêtre catholique s'investit dans la promotion humaine et l'accompagnement des personnes vulnérables. Avec le concours d'amis, de connaissances et de quelques organisations non gouvernementales (ONG), il multiplie les initiatives pour apporter des réponses concrètes aux besoins des populations.
Au cours de notre visite fraternelle, il nous a livré, sans détour, sa conception de l'engagement humanitaire. « Ici, on n'a pas besoin de discours, on a besoin d'actions, de charité. Nombreux sont ceux qui n'imaginent pas que, juste à quelques minutes de l'aéroport, dans cette même commune de Port-Bouët, vivent des populations en réelle souffrance », déplore-t-il.
À cette précarité s'ajoute une difficulté supplémentaire : l'état particulièrement dégradé de la voie d'accès au village, longue d'environ trois kilomètres. Un obstacle qui complique les déplacements des habitants, mais également l'acheminement des vivres et des autres formes d'assistance.
« Je me bats comme je peux avec des amis, des connaissances et quelques ONG pour nourrir toute cette population, scolariser les enfants et les accompagner, autant que possible, dans leur prise en charge sanitaire », explique le prêtre.
Mais, dans l'immédiat, l'urgence reste alimentaire. Face à l'ampleur des besoins, les moyens disponibles ne suffisent plus. « Je voudrais surtout inviter toutes les personnes sensibles aux questions humanitaires à me rejoindre pour venir en aide à cette population traumatisée et vulnérable. La priorité essentielle ici, c'est la faim : pouvoir donner à manger. J'ai ouvert une banque alimentaire qui est aujourd'hui totalement dépassée et submergée par l'ampleur des besoins », lance-t-il avec insistance.
L'engagement du Père Basile Diané ne se limite pas à Adjahui. Sa vision de la charité, qui associe assistance immédiate et accompagnement durable, l'amène à développer d'autres initiatives en faveur des enfants et des jeunes vulnérables.
Ainsi, le samedi 14 novembre 2026, à 10 heures, il prévoit l'ouverture, à Bakro, dans la région d'Aboisso, d'un premier village d'accueil dénommé « Village Notre-Dame de la Compassion ». Cette structure ambitionne d'accueillir une centaine d'enfants et de jeunes venus de différentes régions de Côte d'Ivoire. Elle entend leur offrir un accompagnement global, éducatif, humain et social, jusqu'à leur insertion dans la société et leur autonomie.
Cette nouvelle initiative s'inscrit dans la continuité d'un autre chantier éducatif : le lancement officiel de la construction du second cycle du collège social Saint-Paul du Jubilé de Bakro. Le premier cycle, déjà construit grâce à la mobilisation du prêtre et de ses amis, constitue une réponse concrète aux besoins d'éducation, de formation et d'encadrement des enfants parmi ceux-ci: des orphelins.
À travers ces réalisations, le Père Basile Diané entend donner un visage concret à l'Évangile. Pour lui, annoncer le Christ ne saurait être dissocié de la défense de la dignité humaine, de l'éducation des enfants, de la lutte contre la faim et de l'accompagnement des personnes fragilisées.
À Adjahui comme à Bakro, les besoins restent considérables. Alimentation, scolarisation, accès aux soins de santé et accompagnement des enfants vulnérables constituent autant de défis qui dépassent largement les capacités des quelques personnes actuellement mobilisées.
C'est pourquoi le prêtre lance un appel pressant aux personnes de bonne volonté, aux opérateurs économiques, aux organisations humanitaires, aux associations, aux ONG et aux institutions susceptibles d'apporter leur contribution à cette œuvre de promotion humaine.
Derrière chaque enfant déscolarisé, chaque mère en difficulté et chaque famille privée du minimum vital se trouve une dignité humaine qui mérite d'être respectée, protégée et restaurée.
À Adjahui, la charité ne peut donc se contenter de belles paroles. Elle exige des gestes, des engagements et des actes concrets. Si la prière demeure indispensable pour soutenir ces initiatives, les contributions matérielles, alimentaires et financières apparaissent désormais comme une nécessité pour assurer leur continuité et répondre à l'urgence.
Faire reculer la faim, redonner le sourire aux enfants, offrir une chance d'éducation aux plus démunis et rendre l'espérance aux familles éprouvées : voilà le combat quotidien du Père Basile Diané. Un combat qui dépasse les frontières d'une paroisse et interpelle toute la société ivoirienne.
Rémy Montini Dago