L’absence de cohésion, les querelles internes et les coups bas au sein de l’opposition ivoirienne compromettent une nouvelle fois sa capacité à parler d’une seule voix sur une question pourtant essentielle pour l’avenir démocratique du pays : la réforme de l’organe électoral.
Depuis des décennies, l’opinion publique ivoirienne, tout comme une partie de la classe politique, exprime la nécessité de disposer d’une Institution électorale véritablement indépendante, crédible et impartiale, dont les résultats reflètent fidèlement la volonté exprimée par les électeurs dans les urnes.
Aujourd’hui, alors que le débat sur la réforme du prochain organe électoral doit être examiné à l’Assemblée Nationale, l’opposition ivoirienne semble une nouvelle fois confrontée à ses propres divisions.
Le PDCI-RDA, principal parti de l’opposition, le PPA-CI et le FPI, qui disposent d’un ancrage politique et d’une expérience significative sur la scène nationale, auraient pu engager des concertations approfondies afin de définir une position commune et de défendre une proposition consensuelle.
Une telle démarche aurait permis de fédérer d’autres formations politiques autour d’un projet cohérent, susceptible de peser davantage dans les discussions avec le gouvernement. Malheureusement, l’absence apparente de concertation entre les principales forces de l’opposition a laissé place à une multitude de propositions transmises au ministère de l’Intérieur et de la Sécurité.
Cette dispersion des initiatives soulève une question fondamentale, comment une opposition qui aspire à exercer le pouvoir peut-elle convaincre les Ivoiriens de sa capacité à gouverner si elle peine à s’accorder sur une question aussi déterminante pour la démocratie ?
Certes, chaque parti politique est libre de défendre ses propositions. Toutefois, sur un sujet aussi sensible que l’organisation des élections, la recherche d’un compromis entre les principales forces politiques aurait pu renforcer la portée de leurs revendications. Il ne suffit pas de dénoncer les insuffisances d’un système électoral, encore faut-il être capable de construire une alternative crédible et de la défendre collectivement.
Le père de la nation ivoirienne, Félix Houphouët-Boigny, rappelait souvent, à travers sa pensée politique, l’importance de tenir compte des réalités du moment.
Cette exigence de lucidité devrait inspirer les responsables de l’opposition dans leur approche de la réforme électorale.
La politique suppose certes des convictions, mais elle exige également de la stratégie, de l’anticipation et une bonne appréciation des rapports de force.
Dans le contexte actuel, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) dispose d’une majorité parlementaire confortable. Dès lors, si l’opposition ne parvient pas à harmoniser ses positions et à élaborer une proposition commune suffisamment solide, le projet défendu par le gouvernement pourrait être adopté sans difficulté majeure à l’Assemblée Nationale.
Au-delà de cette réforme, les échéances politiques de 2028 et de 2030 devraient inciter les partis d’opposition à tirer les leçons de leurs divisions.
Car les ambitions électorales ne peuvent, à elles seules, constituer un projet politique.
Elles doivent s’appuyer sur une organisation cohérente, une vision partagée et une capacité réelle à mobiliser les populations autour d’objectifs communs.
L’opposition ivoirienne doit donc se remettre en question.
Elle doit dépasser les querelles de leadership, les rivalités personnelles et les calculs partisans pour privilégier l’intérêt général.
Les Ivoiriens attendent de leurs responsables politiques des propositions concrètes, des débats constructifs et une véritable capacité à contribuer au renforcement de la démocratie.
À défaut d’une telle évolution, le risque est grand de voir s’accentuer la désillusion d’une partie de la population à l’égard de la classe politique.
La Côte d’Ivoire a besoin d’une opposition responsable, structurée et crédible, capable de contrôler l’action du gouvernement, de proposer des alternatives et de défendre les principes démocratiques avec détermination. Une opposition digne de ce nom ne se mesure pas seulement à sa capacité à critiquer le pouvoir, mais aussi à son aptitude à se rassembler lorsque l’intérêt supérieur de la nation l’exige.
La réforme de l’organe électoral constitue ainsi un test politique majeur pour l’opposition ivoirienne. Saura-t-elle transformer ses divisions en une force de proposition ou continuera-t-elle à compromettre ses ambitions par ses propres contradictions ?
Adou Evariste
Analyste politique