Le retrait de la candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU) met en lumière les divisions persistantes au sein du continent africain. Cette situation constitue, à bien des égards, un échec diplomatique pour l’Union africaine (UA), mais également pour les dirigeants africains qui n’ont pas apporté un soutien officiel et unanime à cette candidature.

Aujourd’hui, l’Afrique est un continent en pleine mutation, porté par son potentiel économique, ses importantes ressources naturelles et la richesse de son capital humain. 

Au regard de ces atouts, elle ne devrait pas rester en marge des grandes Institutions internationales où se prennent des décisions déterminantes pour l’avenir des peuples et l’équilibre des relations internationales.

La présence d’un Africain à la tête de l’ONU aurait pu constituer une occasion supplémentaire de renforcer la visibilité du continent, de porter ses préoccupations au plus haut niveau et de contribuer à une meilleure prise en compte de ses priorités dans les grandes orientations internationales. Fort de son expérience à la tête de l’État sénégalais et de son parcours politique, Macky Sall aurait pu mettre son expertise au service de cette ambition collective.

Son retrait de la course soulève donc une question fondamentale, comment l’Afrique peut-elle prétendre peser davantage sur les décisions internationales si elle peine à parler d’une seule voix lorsqu’il s’agit de défendre ses propres intérêts ?

L’Union Africaine doit tirer toutes les leçons de cet épisode. 

Il devient urgent de renforcer la concertation entre les États membres, d’harmoniser les positions diplomatiques et de privilégier une stratégie commune lorsqu’un candidat africain est en mesure de défendre les ambitions du continent au sein d’une grande institution internationale. Les rivalités politiques nationales ne devraient pas systématiquement prendre le dessus sur les intérêts collectifs de l’Afrique.

L’actuel Président sénégalais porte également, à mes yeux, une part de responsabilité politique dans cette situation, dans la mesure où un soutien précoce et résolu à son prédécesseur aurait pu contribuer à renforcer la portée de sa candidature. Au-delà des divergences politiques et partisanes, certaines ambitions nationales et continentales exigent une hauteur de vue, un sens de l’État et une capacité à dépasser les clivages.

À cet égard, l’exemple de Laurent GBAGBO mérite d’être rappelé. Malgré les différences politiques, il avait soutenu la candidature d’ESSY Amara à la présidence de la Commission de l’Union Africaine. Cette démarche illustre l’importance de la solidarité politique lorsqu’il s’agit de défendre une personnalité susceptible de représenter les intérêts du continent.

En définitive, l’épisode de la candidature de Macky Sall doit servir de leçon aux dirigeants africains. L’Afrique ne pourra véritablement faire entendre sa voix sur la scène internationale que si ses responsables apprennent à dépasser leurs divergences, à privilégier l’intérêt général et à bâtir des stratégies diplomatiques communes.

Car, au-delà des personnes et des ambitions individuelles, c’est la crédibilité de l’Afrique, sa capacité d’influence et sa place dans la gouvernance mondiale qui sont en jeu. L’unité africaine ne doit pas être un simple slogan politique, mais une exigence concrète dans la défense des intérêts du continent.

 

Adou Évariste 

Analyste politique