Au-delà de leur dimension humoristique, elles représentent un mécanisme traditionnel de prévention et de règlement pacifique des conflits au sein de la société. Autrefois, les gardiens de la tradition et les autorités coutumières jouaient un rôle essentiel dans la résolution des différends entre les citoyens, contribuant ainsi à préserver la cohésion sociale et le vivre-ensemble.

Aujourd’hui, avec la modernisation de la société et la place grandissante des institutions judiciaires dans le règlement des litiges, ces pratiques traditionnelles semblent progressivement perdre de leur influence. Pourtant, elles pourraient encore jouer un rôle important dans la prévention des tensions sociales et politiques, notamment dans un contexte où la Côte d’Ivoire a plus que jamais besoin de renforcer son unité nationale.

Depuis la présidentielle d’octobre 2025, plusieurs personnalités politiques de l’opposition ont été convoquées devant les autorités judiciaires. Cette situation intervient dans un contexte politique qui appelle à la responsabilité, à l’apaisement et au renforcement du dialogue entre les différents acteurs de la vie nationale.

Sans remettre en cause l’indépendance de la justice ni le principe de l’égalité de tous devant la loi, il apparaît nécessaire que les acteurs politiques privilégient également les voies du dialogue et de la concertation pour contribuer à l’apaisement des tensions et favoriser une meilleure compréhension entre les différentes sensibilités politiques.

La Côte d’Ivoire a besoin de toutes ses filles et de tous ses fils pour poursuivre son développement et faire face aux nombreux défis auxquels elle pourrait être confrontée, notamment au regard de son rôle stratégique dans la sous-région ouest-africaine. Dans cette perspective, les divergences politiques ne devraient jamais prendre le dessus sur l’intérêt supérieur de la Nation.

Il serait donc souhaitable que les responsables politiques puissent se parler franchement, dans un esprit de respect mutuel, afin d’examiner les différends liés au processus électoral et de rechercher des solutions susceptibles de consolider durablement la paix. 

L’objectif est de repartir sur de nouvelles bases, avec une dynamique politique plus apaisée, plus inclusive et davantage tournée vers les préoccupations des populations.

Comme le rappelle un principe fondamental de la vie en société, c’est dans l’union que réside la force d’une Nation. 

Le Président de la République, en sa qualité de chef de l’État, incarne les Institutions républicaines et exerce ses responsabilités au service de l’ensemble des Ivoiriens, qu’ils soient membres de la majorité présidentielle ou de l’opposition. Cette exigence républicaine invite chaque responsable politique à dépasser les clivages partisans pour privilégier l’intérêt général.

Il importe également de revenir aux fondamentaux du vivre-ensemble, une valeur historiquement mise en avant par le Rassemblement des Républicains (RDR), qui a marqué une partie importante de la vie politique ivoirienne. 

La préservation de la quiétude entre les leaders politiques doit demeurer une priorité afin de renforcer la vitalité démocratique et de consolider les acquis de notre jeune démocratie.

La manière dont les responsables politiques gèrent leurs divergences constitue aussi un exemple pour la jeunesse. Celle-ci doit pouvoir s’engager en politique sans haine, sans violence et sans esprit de vengeance, mais avec la volonté de proposer des solutions concrètes aux préoccupations des citoyens. La politique ne devrait pas être perçue comme un affrontement permanent, mais comme un espace de confrontation des idées, de débat démocratique et de recherche de solutions au service du bien commun.

Dans les grandes démocraties, malgré les oppositions et les rivalités électorales, le dialogue demeure un instrument essentiel de stabilité institutionnelle. La Côte d’Ivoire peut, elle aussi, s’appuyer sur ses valeurs culturelles, notamment les alliances à plaisanterie, pour favoriser le rapprochement des communautés et contribuer à la décrispation du climat politique.

Car, au-delà de nos appartenances politiques, ethniques, religieuses ou régionales, nous sommes tous les enfants d’un seul et même pays. 

Aucun désaccord politique ne devrait nous faire oublier cette réalité fondamentale.

En définitive, l’humanisme doit conserver toute sa place dans la pratique politique. 

La démocratie ne se mesure pas uniquement à la tenue des élections ou à la confrontation entre les partis, mais également à la capacité des acteurs à se respecter, à se parler et à préserver la paix malgré leurs divergences.

Faire des alliances à plaisanterie un levier de dialogue politique, renouer avec les valeurs du vivre-ensemble et replacer l’humain au cœur de l’action publique, telle pourrait être l’une des voies pour consolider durablement la paix et la démocratie en Côte d’Ivoire.

 

Adou Évariste 

Analyste politique